8
— Je n’ai vu aucun de tes hommes ce matin, déclara Sennoufer en prenant un torchon posé sur une table de jeu pour éponger son front, son cou et son torse en sueur. S’ils viennent, je leur dirai que tu les cherches.
— Oh, ils viendront ! assura Bak sur le pas de la porte. Nous devions nous retrouver ici cet après-midi.
La maison de bière empestait la transpiration et le pain fermenté. Dans cette atmosphère étouffante, une demi-douzaine d’hommes assis sur le sol – des marins, à en juger par leur teint basané – jouaient à un jeu de hasard. Chaque fois que l’un d’eux lançait les bâtonnets, il riait ou fulminait, selon sa chance.
— As-tu revu l’artisan à qui un meurtre était apparu en songe ? interrogea Bak. Ou te rappelles-tu un autre détail à son sujet ?
Sennoufer, plissant les lèvres dans sa concentration, jeta le torchon sur son épaule.
— Je revois toujours ses mains, avec de la crasse grisâtre sous les ongles, mais cela, je te l’ai déjà dit.
Il prit une des jarres empilées contre le mur et la tendit à Bak avec un sourire aimable.
— Entre, lieutenant. Tu peux aussi bien tromper l’attente en savourant une bonne bière.
Bak lui sourit pour le remercier, mais recula, battant retraite avec tact devant la chaleur, la puanteur et le bruit.
— Je dois voir quelqu’un au port. Dis à mes hommes de m’y rejoindre.
De la crasse grisâtre… Sennoufer avait fait allusion aux mains sales de l’ivrogne la première fois, mais sans plus de précision. Maintenant, il affirmait que cette crasse était grise. Bak ne put penser à aucun métier précis où un matériau gris était régulièrement utilisé. Peut-être Sennoufer se trompait-il, et, avec le temps, ajoutait-il un détail qui n’existait que dans son imagination.
Il avala les dernières bouchées de son poisson et jeta dans le fleuve les larges feuilles qui avaient servi à l’envelopper. Un instant, elles restèrent imbriquées et flottèrent tel un minuscule bateau vert, mais le courant les emporta bien vite en les séparant brutalement. Bak quitta l’ombre du tamaris dont les eaux montantes léchaient les racines, et gravit la berge. En amont s’étendait le port, où il devait rencontrer le dernier des quatre officiers qui avaient participé à la réunion chez Ouaser, un pilote fluvial nommé Inyotef.
Il parcourut une petite artère, peu fréquentée dans la chaleur de midi excepté par des matelots, un ou deux marchands et une ménagère escortée de sa jeune servante. Trois hommes passèrent en sens inverse, menant un train d’ânes. Le lourd parfum du foin entassé sur le dos des animaux fit éternuer Bak. Une bonne dizaine d’entrepôts étaient construits en face du fleuve, ainsi que quelques commerces et de rares maisons. Tous ces lieux désaffectés témoignaient d’une époque plus industrieuse, depuis longtemps révolue, où l’on avait besoin d’assez de grain pour alimenter une immense garnison. Deux barges de transport et un navire marchand à coque étroite se nichaient contre les quais, au milieu de petites nacelles.
Bak s’assit à l’ombre d’un bouquet d’acacias, les genoux ramenés sous le menton, et il observa les hommes qui travaillaient à bord des navires ou sur le port.
— Lieutenant Bak ? dit une voix derrière lui.
Bak se leva rapidement, se retourna et resta bouche bée.
— Inyotef !
Mince, de taille moyenne mais carré d’épaules, et doté de cheveux bouclés commençant à grisonner, l’homme debout devant lui souriait largement.
— Par la barbe d’Amon, jamais je ne l’aurais cru possible ! L’officier de police qu’on m’a dit de rejoindre, c’est donc toi ?
Bak serra le nouveau venu par les épaules.
— Et moi, jamais il ne me serait venu à l’idée que le pilote Inyotef était en réalité le capitaine Inyotef, de la marine royale !
— Plus maintenant, mon garçon.
L’homme recula pour contempler son cadet. Ses mouvements paraissaient gauches, une de ses jambes étant moins agile que l’autre.
Bak retint un cri et détourna les yeux du membre invalide. La cicatrice brune toute plissée et l’os déformé au-dessous du genou lui avaient fait l’effet d’un coup à l’estomac. Si cet homme était infirme, c’était à cause de lui.
— Désormais, je guide les navires à travers le Ventre de Pierres, dit Inyotef en souriant, inconscient de l’émotion de Bak ou préférant l’ignorer. Ce n’est pas aussi prestigieux que le commandement d’un vaisseau de guerre, mais cela requiert plus de dextérité et de réflexion.
— Depuis combien de temps es-tu à Iken ? parvint à articuler Bak.
— Trois ans, cette fois-ci.
« Il doit être venu peu après sa guérison, songea Bak. A-t-il été muté dans le sud parce qu’un officier difforme était jugé indigne de diriger un des grands navires royaux ? »
— Cette fois-ci ? fit-il en écho.
— Mon bateau est amarré sur le quai nord. Viens, nous pourrons y bavarder.
Il précéda Bak sur le front de l’eau, avançant d’un pas rapide en dépit d’une claudication prononcée.
— Dans ma jeunesse, mon premier commandement m’a conduit à Ouaouat. À l’époque, j’ai appris à franchir les rapides d’Abou, et par deux fois j’ai piloté dans le Ventre de Pierres. Aussi, quand j’ai entendu qu’on cherchait un nautonier par ici, j’ai demandé à venir.
Bak évitait de regarder la jambe boiteuse, mais les images refluaient dans sa mémoire. Le régiment d’Amon avait été envoyé à Mennoufer pour s’entraîner dans les immensités de sable, à l’ouest des pyramides des premiers rois. Les hommes avaient quitté Ouaset en bateau et devaient y retourner par le même moyen. Les chevaux de Bak, comme ceux de ses compagnons, avaient été placés sur le pont d’Inyotef. Le capitaine et lui s’étaient liés d’amitié, causant de tout et de rien pendant les longues heures de loisir que leur laissait le voyage.
Au matin du retour, Bak avait guidé son attelage, deux hongres bais, jusqu’à la passerelle. Quatre hommes, à faible distance, surveillaient le chargement, parmi eux le capitaine Inyotef. Un des chevaux était extrêmement ombrageux et la passerelle le terrifiait. Bak l’apaisa par ses paroles et ses caresses et l’attira sur les planches étroites. Au moment où les sabots avant touchaient le bois, quelqu’un éclata d’un rire joyeux qui résonna dans tout le port. Le cheval rejeta la tête en arrière, arrachant le licou des mains de Bak, et fit volte-face en se cabrant. Il renversa Inyotef et lui piétina la jambe.
Bak était retourné à Ouaset avec sa compagnie mais, grâce à un médecin ami de son père, il s’était enquis régulièrement de la santé d’Inyotef. La fracture était mauvaise ; des semaines durant, les médecins avaient nourri peu d’espoir qu’il survive à la douleur et à l’infection. Seule la force de sa volonté avait permis au capitaine de surmonter cette épreuve. Le pire était passé. L’amélioration avait été quotidienne et, enfin, il fut de nouveau sur pied. Bak n’avait plus eu de nouvelles depuis. Il avait supposé, ou, du moins, il avait voulu croire qu’Inyotef était parfaitement rétabli.
— Que les remords ne te tourmentent pas, Bak, lui dit Inyotef, lisant dans ses pensées. Pendant tous ces jours où j’ai réappris à marcher, j’ai compris que je ne commanderais jamais plus de vaisseau de guerre. Ce n’était plus en moi, et je parle de mon cœur autant que de mon corps.
Il s’arrêta devant une mince nacelle blanche qui tanguait sur les vaguelettes baignant le quai.
— J’ai toujours eu envie de revenir à Ouaouat, mais l’ambition et le goût du pouvoir me retenaient à Kemet. Ma blessure m’a fourni le prétexte dont j’avais besoin.
— Comme j’aimerais le croire !
Les mots de Bak avaient jailli du tréfonds de son âme.
— Je le jure par tous les dieux de l’Ennéade[6] c’est la vérité. Maintenant, dit le pilote en lui tapant sur l’épaule, je vais te montrer ce qui fait ma fierté et ma joie, puis nous parlerons du meurtre.
Bak scruta Inyotef, cherchant dans son expression l’ombre d’un reproche. Il n’en trouva pas. Il aurait voulu être capable, lui aussi, de se pardonner.
À ses yeux, le bateau ressemblait beaucoup à n’importe quelle embarcation du fleuve, sinon qu’il était mieux entretenu. Inyotef lui vanta le mât, la drisse et la voile comme un homme parlant de sa bien-aimée. Il caressait la proue, tenait le gouvernail avec tendresse, s’extasiait sur les courbes de la coque. Mais un fait revêtait bien plus d’importance pour Bak, qui se souciait davantage des êtres que des objets : Inyotef se déplaçait sur le bateau avec l’agilité d’un singe, comme si son infirmité était contrebalancée par l’expérience.
— Je passe ici une grande partie de mon temps libre, indiqua-t-il tout en dressant un auvent de roseaux au-dessus de la coque découverte, et en faisant signe à Bak de s’asseoir à la proue. Mon épouse ne s’est jamais adaptée à la vie dans cette ville frontière, c’est pourquoi elle est retournée à Kemet il y a quelques mois. Maintenant, personne ne m’attend au foyer.
Bak réprima un nouveau sursaut de culpabilité. Par sa faute, la vie d’Inyotef avait été brisée. Mais ce n’était pas une raison pour négliger la mission qu’on lui avait confiée.
— Tu as été une des dernières personnes à voir Pouemrê vivant.
Le pilote sortit une voile déchirée d’un panier, près du gouvernail.
— Comme tu le sais sûrement, moi et les autres officiers présents chez Ouaser, nous nous sommes séparés devant la résidence.
Il drapa sur ses genoux la voile, qui couvrit ses jambes, et enfila une grosse aiguille de bronze.
— Je pensais aller aux bains publics, mais, arrivé à la porte, j’ai décidé de rentrer chez moi. En empruntant la rue qui me ramenait au portail principal, j’ai aperçu Pouemrê à quelque distance devant moi. J’ai eu l’idée de le rattraper, mais nous n’étions pas particulièrement amis et je n’avais pas envie de courir après lui.
Deux pistes distinctes s’offraient à Bak. Il choisit de suivre la plus évidente.
— Combien de temps es-tu resté derrière lui ?
— Pendant tout le trajet jusqu’à la ville basse.
Inyotef enfonça l’aiguille dans l’étoffe épaisse et tira sur le fil.
— Au pied de la falaise, il a tourné vers le nord pour rejoindre la rue où il habitait. Moi, je me suis promené le long du fleuve avant de regagner mon logis.
Un détail intriguait le policier :
— Houy réside à l’intérieur de la forteresse, mais il en va différemment pour toi, Senou et Pouemrê. Quelle en est la raison ?
— En ce qui concerne Pouemrê, je ne sais pas, mais la plupart des femmes préfèrent la ville basse. Les maisons y sont en meilleur état et le marché se trouve à proximité. Ouaser préférerait nous avoir à l’intérieur de la garnison, mais il déclencherait un soulèvement général s’il insistait ! ajouta Inyotef avec bonne humeur. L’homme le plus puissant plie devant les femmes de sa maison.
— Aset se plaint-elle ? demanda Bak en souriant. Ou est-elle satisfaite de vivre à la résidence ?
Inyotef éclata de rire.
— Ouaser est devenu sourd depuis longtemps à ses sempiternelles récriminations, ne pouvant y remédier.
Le sourire de Bak s’élargit, mais il reprit vite son sérieux.
— Les autres officiers ont traité Pouemrê de porc et de serpent. Je suppose que tu es de cet avis.
L’expression du pilote se chargea d’amertume.
— Ces deux qualificatifs me semblent appropriés. Comme je te le disais, il n’était pas de mes amis.
Bak observa son compagnon pour juger de sa sincérité. Il ne vit qu’une candeur doucereuse, dominant un mépris certain pour le défunt. Le mépris, il le comprenait ; la candeur lui paraissait suspecte, d’autant qu’Inyotef avait clairement fait savoir qu’il n’aimait pas Pouemrê.
— Chacun de tes camarades avait de sombres souvenirs à évoquer. Qu’en est-il pour toi, Inyotef ?
— Pouemrê était arrogant, égoïste et sans scrupule. Que te dire de plus ?
— Tu pourrais être plus précis.
— Pourquoi se serait-il soucié d’un homme comme moi ? Je n’avais rien qu’il pût envier.
Bak décida de le prendre au mot.
— Je te remercie de cette information, mon ami. J’ai encore beaucoup de gens à interroger, aussi nous bavarderons plus tard, lorsque j’aurai tout mon temps.
Il se leva, faisant mine de remonter sur le quai. L’oscillation du bateau l’obligea à se retenir au mât.
— Bon, je suppose que tu l’apprendras tôt ou tard, dit Inyotef d’un air résigné.
Bak réprima un sourire. Le pilote, comme les autres officiers, avait eu une bonne raison de tuer Pouemrê et ne résistait pas à l’envie de l’admettre.
Inyotef baissa les yeux vers la voile déchirée, dissimulant ses traits.
— Pouemrê voyait en moi un homme de peu de valeur, vaincu par l’existence. Il me méprisait. Il racontait à qui voulait l’entendre que j’étais un vieil incapable, qu’au lieu de me laisser guider des navires dans le Ventre de Pierres, on aurait dû me renvoyer à Kemet. Selon lui, j’étais tout juste bon à piloter un bac sur un des petits bras du fleuve, dans les marais du nord.
— Toi, un ancien capitaine de vaisseau de guerre !
— Ça fait mal, convint Inyotef, la mâchoire crispée. S’il avait vécu assez longtemps, j’aurais peut-être…
Ses yeux rencontrèrent ceux de Bak et il eut un sourire sans joie.
— Qui sait comment un homme peut réagir, lorsqu’on le pousse à bout ?
— Tu vois, Pachenouro, résuma Bak d’un air sombre, n’importe lequel des quatre, si ce n’est Ouaser lui-même, a pu assassiner Pouemrê. Chacun avait le mobile et l’occasion.
Au bord de l’eau, Pachenouro scrutait les hauts-fonds, son harpon léger prêt à frapper le premier poisson de bonne taille qui passerait à proximité.
— Les officiers innocents couvriraient-ils le coupable ?
— Ça en a tout l’air, n’est-ce pas ?
Bak fit la grimace, écœuré.
Après avoir quitté Inyotef, il avait trouvé le Medjai l’attendant sous le bouquet d’acacias, avec à côté de lui un harpon et un panier destiné à recevoir les poissons qu’il comptait prendre pour leur repas du soir. Kasaya n’avait toujours pas donné signe de vie. Ils avaient laissé un message pour lui à deux gamins qui jouaient sur le quai, puis ils avaient marché le long du fleuve, sous les ombrages irréguliers des tamaris et des acacias, jusqu’à ce qu’ils trouvent un coin peu profond déjà envahi par les eaux.
— Et ce complot contre le roi Amon-Psaro ? demanda Pachenouro.
Bak fixa un long morceau de bois mort échoué au soleil sur l’îlot rocheux, de l’autre côté du fleuve. Ou était-ce un crocodile ?
— Si ce complot existe, ce dont je ne suis pas encore sûr, et s’ils trempent tous dedans, ils doivent se serrer les coudes, qu’ils soient coupables ou non du meurtre de Pouemrê.
— J’ai beau réfléchir, je ne vois aucune raison valable pour que des officiers de Kemet s’en prennent à un roi kouchite.
— Moi non plus.
Bak entra dans l’eau jusqu’aux genoux. Le limon, épais et riche, formait entre ses orteils des bulles qui remontaient à la surface, et le courant poussait ses jambes.
— Je parierais une ration de blé d’un mois que Pouemrê a été tué à cause d’une rancœur personnelle.
Le Medjai enfonça son harpon et attrapa une perche. Le poisson se débattit dans l’eau trouble. Pachenouro le dégagea de la longue pointe étroite et l’acheva d’un coup rapide. Jetant sa prise dans le panier, où elle rejoignit deux poissons de taille plus modeste, il remarqua :
— Les hommes de la garnison tiennent le commandant Ouaser en haute estime. Ils ne toléreraient aucune critique à son égard. Si ses officiers éprouvent le même dévouement envers lui, ils sont certainement déterminés à le protéger, d’autant qu’eux aussi haïssaient la victime.
— J’ai cru comprendre que sa fille Aset a tenté de séduire Pouemrê, comme elle l’a fait avec moi.
Quelque chose de froid effleura la jambe de Bak. Il recula d’un bond. Un gros poisson-chat, qui aurait composé un festin idéal si le lieutenant avait eu un harpon, fila entre deux eaux.
— Je n’ai aucun doute qu’elle se souciait moins de lui que de son noble rang, mais si, d’une manière ou d’une autre, il menaçait son bien-être, Ouaser aurait eu une bonne raison de le supprimer. Tout comme l’archer Nebseni, qui nourrit la jalousie d’un amoureux éconduit.
— Une rumeur circule à la caserne…
Les yeux de Pachenouro se fixèrent sur l’île en face d’eux.
— Le crocodile en a assez du soleil. Il rentre dans l’eau.
Bak suivit son regard. Sur le bois mort avaient poussé des pattes courtaudes et un long museau terminé par une denture impressionnante. En moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire, il avait gagné la berge.
— Une rumeur, hein ? reprit Bak avec satisfaction. Je savais que tu emploierais bien ta matinée.
Le sourire de Pachenouro s’effaça à peine esquissé. Il plongea dans l’eau et enfonça son arme. Son pied d’appui glissa en avant ; il vacilla et manqua tomber. Le poisson prit la fuite, sain et sauf. Pachenouro marmonna un juron et pataugea jusqu’à la terre ferme.
— On dit qu’Aset porte un enfant, dont on ignore qui est le père.
Bak siffla tout bas, mais il n’était qu’à demi surpris.
— Elle est trop décidée à vivre dans le luxe et l’opulence pour n’avoir aguiché qu’un seul homme. Quel serait le géniteur le plus probable, selon cette rumeur ?
— Les lieutenants Nebseni et Pouemrê arrivent en tête. On a fait allusion à un marchand, mais personne ne se souvient d’avoir vu Aset hors de chez son père en compagnie d’un homme, sinon d’un serviteur ou d’un officier.
— Donc, on élimine cette possibilité.
Bak s’agenouilla pour rafraîchir son visage, ses bras et son torse.
— Comment Ouaser aurait-il réagi ?
— On dit qu’il bout de rage.
Bak n’avait jamais vu le père et sa fille ensemble. Il se promit, quand il en aurait enfin l’occasion, d’observer attentivement comment ils se comportaient l’un envers l’autre. Il fut également conforté dans sa détermination de se tenir à l’écart d’Aset.
— Qu’as-tu appris encore ?
— On parle beaucoup des talents de soldat de Pouemrê. Même les sergents, qui sont les plus exigeants, ont été dithyrambiques. Il n’a commis qu’une seule erreur, et perdu quelques-uns de ses hommes parce que son idéal était si noble qu’il ne pouvait se résoudre à prendre l’ennemi par traîtrise. Des bruits courent que le capitaine Houy portait une part de responsabilité là-dedans, mais en général on le considère comme un homme bon et honnête, et peu d’entre ceux avec qui j’ai bavardé ajoutent foi à ces racontars.
Bak se releva. Un léger souffle d’air caressa ses épaules ruisselantes, leur procurant une fraîcheur passagère.
— Les hommes se doutent-ils que les officiers haïssaient à ce point Pouemrê ?
Pachenouro fixait avec une intense concentration un petit banc de saumoneaux. Il affermit sa prise sur son harpon, mais le gros poisson qu’il attendait n’apparut pas.
— Oui, mais ils ne comprennent pas pourquoi, d’autant plus qu’ils les admirent et les respectent tous. Sais-tu que ces hommes que tu soupçonnes, excepté le lieutenant Nebseni, ont reçu jadis au moins une mouche d’or ?
Bak fiât sidéré par cette nouvelle, qui lui inspira la plus grande humilité. Les mouches d’or n’étaient décernées qu’aux guerriers les plus valeureux, et étaient remises des mains mêmes de la souveraine. En l’occurrence, elles avaient sans doute été conférées par son défunt époux ou par le père de Maakarê Hatchepsout, qui avait précédé celui-ci sur le trône.
— Cela remonte à quelle époque ?
— C’était il y a vingt-sept ans. Ils combattaient dans l’armée d’Aakheperenrê Touthmosis durant notre dernière guerre contre les Kouchites.
L’époux et le frère de la reine. Pas un aussi grand guerrier que son père, néanmoins il avait vaincu Kouch une fois pour toutes. Bak préférait avoir ignoré qu’ils avaient reçu l’or de la vaillance au moment où il interrogeait les officiers. Le savoir aurait pu fléchir sa détermination à les considérer comme des suspects.
— Cette nouvelle me fait l’effet d’un coup de tonnerre, admit-il. Comment puis-je accuser de tels braves d’avoir assassiné leur compagnon ?
— Il y a pire, le prévint Pachenouro d’un ton lugubre.
Bak ferma les yeux un instant, résigné.
— Continue.
— D’après plusieurs des hommes, le capitaine Houy et le lieutenant Senou ont rencontré Pouemrê dans une maison de bière, une nuit. Ils sont partis avant lui, et on les a aperçus un peu plus tard, attendant dans l’ombre au coin d’une rue. Le lendemain matin, Pouemrê est arrivé couvert d’ecchymoses des pieds à la tête. Il prétendait avoir été rossé par des inconnus.
La conclusion fut évidente pour Bak, comme, sans doute, pour tous les hommes de la garnison.
— Une autre fois, poursuivit le Medjai, Pouemrê est mystérieusement tombé par-dessus bord alors qu’il se trouvait sur un navire piloté par le lieutenant Inyotef. Grâce à Amon, il nageait comme un poisson. C’est ce qui lui a permis d’en réchapper.
« Des hommes valeureux », pensa Bak non sans ironie.
— Et Nebseni ?
— Un jour, il a menacé en public de castrer Pouemrê, mais il n’a jamais tenté de passer à l’acte. La cause de la dispute était Aset. L’autre motif cité est une accusation lancée par Pouemrê, qui affirmait que les archers n’avaient pas soutenu son infanterie lors d’une escarmouche du côté du fleuve, il y a un ou deux mois.
— Vu les dissensions opposant leurs officiers, les troupes n’étaient-elles pas divisées ?
— Pas encore, grâce au bon sens et à la détermination de leurs sergents, mais j’ai senti un profond malaise. Je crois qu’on serait bientôt arrivé au point de rupture.
— La mort de Pouemrê semble être survenue à un moment fort opportun.
Bak ramassa une poignée de cailloux et de fragments de poterie. Un par un, il les jeta dans le fleuve en les faisant ricocher sur la surface. Il s’efforça de considérer les informations glanées par Pachenouro avec un certain recul. Deux faits se détachaient du reste : d’abord, les officiers ne lui avaient rien dit de plus que ce que tout le monde savait déjà à Iken. Ensuite…
— Amon-Psaro marchait-il à la tête des Kouchites quand nos soldats les ont affrontés, il y a vingt-sept ans ?
— J’ai eu la même idée, dit Pachenouro en souriant, mais non. Il était prince, alors, à peine âgé de dix ans. Trop jeune pour partir à la guerre.
Avec un soupir, Bak fit passer le dernier fragment de poterie d’une de ses mains dans l’autre, et s’immobilisa soudain pour fixer le tesson carré, d’un gris verdâtre, comme les ustensiles fabriqués à Iken afin d’être vendus en amont.
Le témoin ivre était un potier.
Antef éparpilla une petite poignée de paille coupée menu sur la masse d’argile humide et la malaxa avec toute la puissance de ses doigts courts et épais, passant sa détresse sur la glaise.
— Je n’ai rien vu du tout ! Rien ! Il faisait trop noir ! Je le jure par Khnoum !
Bak contrôla avec effort son impatience.
Le contremaître lui avait expliqué qu’Antef était jadis un artisan expérimenté, mais qu’on ne se fiait plus à lui même pour façonner les médiocres ustensiles envoyés dans le sud jusqu’au pays de Kouch. La raison en était évidente. Les mains d’Antef étaient agitées par un tremblement irrépressible, dû à l’excès de bière pendant de trop longues années.
Bak s’agenouilla à côté du petit homme grisonnant et posa une main apaisante sur son épaule :
— Je ne t’accuse de rien, Antef. Je veux simplement savoir ce qui s’est passé cette nuit-là.
— J’ai vu la déesse Hathor. Elle est venue vers moi et m’a offert le plaisir de son corps.
Antef regarda alentour, comme pour s’assurer que ses camarades n’écoutaient pas. En notant l’extrême concentration avec laquelle ils exécutaient leurs tâches respectives, Bak sut qu’ils ne perdaient pas un mot de la conversation. Le potier continua, moins tendu à mesure que le souvenir de la déesse emplissait ses pensées. Il relata l’histoire rapportée par Meryrê, mais émaillée de multiples détails dont la plupart, soupçonna Bak, étaient venus enjoliver le récit au fil de fréquentes répétitions.
Pendant que le potier s’épanchait, Bak promenait son regard sur l’atelier, qu’il avait découvert parmi les murs effondrés d’une ancienne demeure, dans la ville basse. C’était une entreprise de belle taille qui employait quatre potiers, chacun aidé d’un assistant pour actionner son tour. De précaires auvents de bois, couverts de nattes en joncs, les abritaient eux et leurs œuvres de la canicule. Un autre ouvrier brassait la glaise, la foulant de ses pieds nus, ajoutant du sable, de la paille hachée ou du fumier suivant la nécessité, pendant qu’Antef préparait à la main des mélanges spéciaux. Un adolescent, peut-être envoyé par son père pour apprendre le métier, portait les pots façonnés dans une pièce à ciel ouvert où il les alignait pour les laisser sécher. Le contremaître alimentait un four cylindrique en brique aussi haut que lui.
Antef restait plongé dans son récit, les yeux rivés sur un endroit lointain, inaccessible aux hommes dotés d’une imagination moins fertile.
— La déesse a murmuré qu’elle me voulait seul, sans personne pour la voir ou l’entendre. Elle m’a pris par la main et m’a entraîné hors des murs de la ville. Nous nous sommes arrêtés mille fois pour échanger des baisers et des caresses. Quand enfin nous avons trouvé notre nid d’amour au creux des rochers, nous sommes tombés sur le sol d’un même élan, avides d’assouvir notre désir.
Bak s’en voulut d’interrompre un récit aussi vivant.
— Où se trouvait cet endroit ?
Le potier secoua la tête, revenant à contrecœur à la réalité.
— C’était au nord de l’atelier, parmi les rochers qui dominent le bout de la grande île. Dans ce lieu rude et solitaire, le sable nous a offert un lit aussi doux que le duvet d’un caneton.
Bak se rappela l’affleurement rocheux, à quelque distance en aval de l’endroit où Pachenouro et lui avaient discuté. Cela représentait une longue marche pour un homme éméché.
— Je sais que tu as autre chose à me dire.
Antef revint avec force détails sur sa nuit d’amour avec une déesse, le rêve de tout mortel. Ses camarades se lançaient des regards à la dérobée, les lèvres frémissant d’un rire silencieux.
— Enfin, épuisé, j’ai fermé les yeux et j’ai dormi. Quand ensuite je me suis réveillé, un mince croissant de lune éclairait les rochers. Elle était partie.
— Qu’est-ce qui t’a réveillé ? interrogea Bak.
— Rien, dit Antef en détournant la tête. Rien, je le jure !
— Tu as entendu deux hommes se disputer.
Bak employait un ton dur et affirmatif, comme s’il s’était lui-même trouvé sur place au lieu de tenir l’histoire de troisième main.
— Tu les as observés. L’un des hommes a tourné le dos pour partir. L’autre l’a empoigné par-derrière. Je sais ce qui est arrivé ensuite – le second a poignardé son compagnon –, mais je veux que tu me le dises avec tes mots.
— Non ! Je n’ai rien vu !
— Je répugne à utiliser la trique, toutefois je m’y résignerai s’il le faut.
— Il faisait sombre, mais…
La voix brisée, Antef baissa la tête.
— Oui, il l’a tué. Je l’ai su aux bruits que j’entendais, et puis j’arrivais à les distinguer un peu. Il l’a poignardé au visage ou peut-être au cou, il l’a traîné jusqu’au fleuve et l’a poussé dans l’eau. Ça s’est passé si vite… Je n’ai pas pu intervenir, je le jure !
Pas si vite que cela, Bak en était sûr. Néanmoins, si le potier s’était interposé, il serait mort avec Pouemrê.
— À quoi ressemblait le meurtrier ?
— Je n’ai pas vu son visage, sinon je l’aurais dit. J’ai atrocement peur, avoua Antef en commençant à sangloter. Je ne serai tranquille que lorsqu’on l’aura arrêté, mais je ne peux pas t’aider. Il me tournait le dos.
Bak le crut. Il était trop terrifié pour mentir.
— J’ai demandé à tous ceux que j’ai rencontrés des nouvelles du gamin, mais personne ne l’a vu, expliqua Kasaya. On aurait dit l’ombre du lieutenant Pouemrê. Maintenant, c’est comme si le soleil avait disparu et l’ombre avec lui.
— Aurait-il été jeté dans le fleuve comme Pouemrê ? demanda Pachenouro.
— Antef n’a pas vu d’enfant. Il ne reste qu’à espérer qu’on ne l’a pas assassiné ailleurs, à un autre moment, dit Bak d’un ton sombre qui reflétait son inquiétude.
Les trois hommes marchaient rapidement le long de la rangée d’arbres qui bordaient le fleuve. Kasaya, dont la vue était la plus perçante, scrutait le sol à droite et à gauche, cherchant des traces, des objets qu’auraient pu laisser un enfant ou un meurtrier voulant se débarrasser de preuves compromettantes.
Ils ralentirent l’allure en approchant de leur destination, un tertre de granit noir, brisé, craquelé, torturé par la fournaise et le froid nocturne. S’élevant d’une nappe de sable d’un brun grisâtre porté par le vent du désert occidental, le tertre s’étirait vers la pointe nord de la grande île que surplombait la forteresse. Dans l’étroit goulet qui l’en séparait, des eaux furieuses dévalaient une série de petites chutes écumeuses et tourbillonnaient autour de rochers déchiquetés.
Ils gravirent le tertre et commencèrent par chercher le coin abrité où Antef avait rêvé d’Hathor. Le vent avait soufflé au moins deux fois depuis la disparition de Pouemrê, aussi leurs chances de trouver des traces du meurtre étaient-elles bien minces. Néanmoins, il ne fallait rien négliger.
Tandis qu’à l’ouest Rê se posait sur l’horizon, Bak escalada le bloc de granit le plus élevé et, les mains sur les hanches, contempla les pierres éboulées et les eaux tumultueuses, en contrebas.
— Donc, l’homme à la balafre est armurier ? demanda-t-il au lieutenant Kasaya, qui s’agenouillait sur une dent rocheuse pour examiner une poche de sable.
— Si c’est bien celui que tu as vu, et cela ne peut être que lui, il se nomme Senmout. D’après le chef armurier, il fabrique et répare les lances. Il affûte les fers et les ajuste sur les hampes.
— Quels étaient ses liens avec Pouemrê ? interrogea Pachenouro, posant la question même que Bak s’apprêtait à formuler.
Kasaya expliqua, en s’approchant d’un autre renfoncement :
— C’est la fille aînée de Senmout, âgée de quinze ans, qui s’occupait du ménage, du linge et des repas du lieutenant et du petit garçon.
— Si son rôle se bornait à l’entretien de la maison, pourquoi son père m’aurait-il assommé pour fouiller toutes les pièces ?
Bak enjamba une brèche pour descendre sur un autre rocher. En apercevant une petite anfractuosité tapissée de sable, il s’exclama avec satisfaction :
— Voici le nid d’amour ou, du moins, la cachette d’un ivrogne.
Les Medjai se hâtèrent de le rejoindre et découvrirent quatre jarres de bière vides, logées dans une fissure entre deux rocs dentelés. D’une flaque jaunâtre sur un rocher voisin montaient des relents d’urine. Après que Kasaya eut étudié le sol sans rien trouver de plus, ils se tinrent à l’endroit où Antef avait dû s’endormir et observèrent l’étendue de sable du haut du tertre. Quelque part là-bas, Pouemrê avait été assassiné.
Les Medjai descendirent la pente et entreprirent d’examiner la surface sablonneuse pendant que Bak poursuivait ses recherches de son côté.
Les ombres étaient longues et profondes quand, sous la fine couche de sable déposée depuis le meurtre, Kasaya découvrit une petite tache sombre qu’il pensa être du sang. Pachenouro courut vers le fleuve et inspecta la berge. Il repéra bientôt une tache brunâtre sur un rocher, au-dessus des tourbillons. Qu’il s’agît ou non de sang, l’endroit était idéal pour se débarrasser du cadavre.
À l’approche du crépuscule, Bak distingua une empreinte de pas, dans une cavité à moitié cachée par des rochers, si exiguë que seul un enfant avait pu s’y glisser. De là, par un interstice, le petit Ramosé aurait pu voir le meurtre de Pouemrê. Il fallait retrouver l’enfant à tout prix – s’il vivait encore.
— J’ai découvert quelque chose ! cria Bak d’une voix frémissante d’excitation.
Un bruit sec résonna, tout proche. Il regarda à la ronde, sans comprendre d’où cela provenait, puis il remarqua une légère trace sur la paroi à côté de lui, comme une saillie.
— Baisse-toi, mon lieutenant ! s’époumona Pachenouro en s’introduisant à grand-peine dans une fissure trop étroite pour sa corpulence.
Un projectile rasa la tête de Bak, qui entendit un nouveau craquement, plus fort cette fois. Une pierre ! Quelqu’un tirait sur eux à la fronde, une arme mortelle entre les mains d’un guerrier bien entraîné et souvent utilisée par les soldats de Ouaouat. Il plongea sur le sol, roula entre les pierres saillantes et redressa la tête afin de s’assurer que ses hommes étaient indemnes. Kasaya demeurait accroupi au pied du tertre. Le refuge de Pachenouro se trouvait plus près du fleuve.
Un autre projectile, de la taille d’un œuf d’oie, passa au-dessus de Bak, s’écrasa contre le rocher derrière lui et éclata en morceaux.
— Il est là-bas ! cria Pachenouro. Sur l’île, derrière la crête !
— Je le vois ! lança Kasaya.
Bak se tourna avec difficulté pour regarder dans cette direction. Comme en réponse, un homme se redressa à toute vitesse, balança le bras et fit voler une nouvelle pierre qui se pulvérisa contre la paroi à moins d’une coudée du policier. L’homme disparut aussi vite qu’il avait surgi. Dans la lumière déclinante, Bak n’avait pu distinguer qu’une vague silhouette noire.
Il ne se sentait pas en danger – ses hommes et lui étaient en sûreté tant qu’ils restaient à couvert –, toutefois il rageait d’être réduit à l’immobilité en attendant l’obscurité salvatrice. Il bouillait d’envie de mettre la main sur leur assaillant. Il évalua des yeux le goulet les séparant de l’île et songea à le franchir à la nage. Mais le courant était rapide et, à en juger par les brisants, les chutes s’écrasaient sur des écueils. Le risque était trop grand.
— J’arriverai peut-être à traverser à la nage, proposa Kasaya d’une voix hésitante, comme si lui aussi jugeait l’entreprise hasardeuse.
Bak regarda l’empreinte du petit pied nu pour s’assurer qu’il ne l’avait pas abîmée en se jetant par terre.
— Ce porc finira par se lasser. Mais j’ai là un indice que vous devez voir tant qu’il fait encore jour.
Les trois compagnons retournèrent dans le noir à leur logis, trop attentifs à retrouver leur chemin dans la ville inconnue pour échanger leurs impressions. Bak était intrigué par cette attaque. Pourquoi l’agresseur avait-il utilisé une fronde, quand un arc aurait été tellement plus efficace ? Une explication s’imposait : un arc et un carquois complet auraient été trop encombrants pour gagner l’île à la nage.
Une seconde question troublait Bak. Ses hommes et lui savaient bien peu de chose sur la mort de Pouemrê. Toutes les informations qu’ils avaient recueillies depuis leur arrivée à Iken étaient de notoriété publique. Dans ces conditions, pourquoi aurait-on voulu les supprimer ? Bak seul était-il visé ? La plupart des pierres étaient tombées de son côté. Avait-il appris un détail particulier dont personne d’autre n’avait eu vent ? À moins qu’un des officiers de Ouaser ait tenté de l’effrayer pour qu’il renonce à son enquête ? Il remâchait le problème comme un chien s’acharne sur un morceau de cuir dur, sans trouver d’explication satisfaisante.
La réponse lui vint au plus noir de la nuit, alors qu’il était allongé sur sa paillasse, sur le toit. Il fixait les étoiles en laissant vagabonder ses pensées. L’unique élément dont lui seul avait connaissance était l’esquisse sur le tesson de poterie. Si quelqu’un la jugeait importante au point d’essayer de l’intimider, c’est qu’elle évoquait un événement réel. Cela signifiait donc qu’une menace pesait sur la vie d’Amon-Psaro. Bak frissonna et sentit ses poils se hérisser sur ses bras. Si le souverain kouchite était assassiné par un habitant de Kemet, la guerre serait inévitable.
Il pouvait se tromper. Il priait afin de se tromper. Toutefois, force lui était de supposer le pire.